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Les 50 ans du Traité de l’Elysée

de la réalité au mythe, ou l’histoire d’un jardin de roses…

Au commencement étaient les épines…

En apparence, rien ne prédisposait les deux grands acteurs à signer un acte fondateur d’une amitié durable.

Des hommes très différents :

Un chancelier allemand de 87 ans, arrivé au pouvoir en 1949 pour redresser un pays à genou, et qui n’avait eu pour interlocuteurs français (Robert Schuman, Pierre Mendès-France) que ceux qui avaient répondu à son souhait de réconcilier les deux pays immédiatement après la tragédie, en signant notamment l’accord culturel franco-allemand de 1954. D’autre part il avait avancé avec eux sur la voie de la fondation de l’Europe (traités CECA 1951, Euratom et CEE 1957)

Un général français de 73 ans, arrivé au pouvoir cinq ans plus tôt, symbole de la résistance à l’envahisseur allemand, et surtout cantonné malgré lui dans l’opposition gouvernementale de son pays (1947 à 1955), ce qui l’avait amené à rejeter tout ce qu’avait soutenu le chancelier, notamment en matière de politique européenne (où l’on avait osé créer des instances supranationales !) 

qui ne se connaissaient pas jusqu’en 1958 :

En pleine guerre froide, De Gaulle avait représenté pour Adenauer, jusqu’en 1958, un adversaire de la réconciliation : le parlement français avait rejeté en 1954, notamment sous la pression des députés gaullistes, la ratification du traité de Communauté Européenne de Défense auquel Adenauer tenait énormément. De plus, connaissant l’aversion de De Gaulle pour l’alliance atlantique à commandement intégré, il craignait que celui-ci n’envisage une nouvelle alliance franco-russe.

… puis vinrent les roses…


La réalité : ils s’entendent !

De Gaulle Adenauer - 1963

Lors de l’entrevue historique de Colombey-les-deux-églises, en 1958, les deux hommes se découvrent des convergences : De Gaulle se montre ouvert à une politique de défense commune, et veut asseoir l’Europe sur un socle franco-allemand. Non sans arrières–pensées : il est convaincu qu’une entente franco-allemande, dans le contexte d’une Allemagne divisée et en redressement économique, l’amènera à jouer le premier rôle. Adenauer, de son côté, recherche une reconnaissance internationale de son pays après la débâcle, le premier pas étant pour lui, comme l’avait souhaité Churchill dès 1946, une réconciliation avec la France (*1 et 2).

Ils partagent en outre une volonté d’indépendance par rapport aux Etats-Unis, même si le chancelier reste sensible au parapluie américain, surtout après le traumatisme de l’érection du mur de Berlin (1961). Mais, comme De Gaulle, il croit en une défense européenne, avec une Allemagne réarmée.

… puis à nouveau les épines …

1) Un traité conclu à la hâte… et vite mis sous l’éteignoir !

Si De Gaulle était prêt à signer une « Déclaration commune de coopération », c’est le chancelier qui a insisté pour qu’elle soit transformée en traité, et il a fallu acheter en toute hâte les bandelettes aux couleurs nationales à apposer en même temps que les sceaux !

K. Adenauer voulait impérativement faire contrepoids aux inclinations atlantistes de la majorité des députés. Mais ceux-ci auront toutefois le dernier mot, dès le mois de mai : l’accolade historique de De Gaulle et la pugnacité d’Adenauer ne pourront empêcher le Bundestag de rajouter un préambule dans lequel est réaffirmée la primauté du partenariat avec les Etats-Unis, notamment au niveau de l’OTAN. Cela n’empêchera pas De Gaulle de retirer la France du commandement intégré de l’OTAN trois ans plus tard !

Mais les principaux engagements du traité seront tenus.

Les deux hommes ont été très affectés par l’attitude des députés allemands, et une autre mauvaise nouvelle suivra : en octobre, K. Adenauer, partenaire devenu ami de De Gaulle, est contraint de démissionner. Il laissera la place à Ludwig Erhard, un libéral résolument atlantiste.
Il faudra attendre des « couples » suivants pour voir relancée une telle dynamique franco-allemande : Giscard d’Estaing-Schmitt, Mitterrand-Kohl, Chirac-Schröder.

2) Un contenu portant la marque de son temps

Le contexte rappelé ci-dessus laisse deviner le contenu des deux premières parties du traité : coopération en matière d’affaires étrangères (rapports Est-Ouest, Europe, OTAN) et de défense.

Par contre, une troisième partie porte sur la création d’un organisme destiné à promouvoir les échanges de jeunes des deux pays : le partage des connaissances (langue, sciences), permettra d’inscrire l’amitié franco-allemande dans la durée, de la rendre irréversible.

… pour finir en roseraie ?

La portée de l’acte :

La face invisible est peut-être la plus importante : une concertation régulière est instaurée au plus haut niveau de leurs gouvernements. Même si la fréquence n’a pas été celle consignée par écrit, ces consultations auxquelles les deux pays s’obligent ont démontré leur utilité.

La face visible, c’est la création de l’Office Franco-Allemand de la Jeunesse (OFAJ), moins de six mois après le traité (5 juillet) : plus de 8 millions de jeunes, soit environs 200.000 par an, ont pu profiter des échanges, au moyen des programmes Brigitte Sauzay ou Voltaire. Il mérite amplement d’être qualifié de « plus beau bébé du traité de l’Elysée » !
Mais pour certains analystes, comme le plus éminent spécialiste français de l’Allemagne, le professeur Alfred Grosser, ce traité est vide : il ne porte ni sur l‘économie, ni sur la culture. Il devra nécessairement être suivi d’actes plus audacieux. Alors, pourquoi le fêter ?

C’est qu’il dépasse la valeur d’un simple accord, il est devenu le mythe fondateur de l’amitié franco-allemande : tous les actes symboliques postérieurs s’en inspirent (ex. Mitterrand et Kohl main dans la main à Verdun). Sa réactivation en 2003 par J. Chirac et G. Schröder, qui ont institué sa fête annuelle, concourt à ce jugement.

Mitterrand Kohl - Verdun - 1984
Chirac Schroeder

La commémoration de 2013 à Berlin :

Berlin 2013

Elle n’a pas échappé à la règle : il est d’une part à craindre que bien des points (*3 et 4) resteront au stade de bonnes intentions, et d’autre part il n’y apparait pas d’avancée majeure dans les rapports institutionnels. Mais on peut noter qu’apparaissent en premier ceux qui concernent la jeunesse, notamment par la reconnaissance et la confirmation du rôle de l’OFAJ. Mais n’est-ce pas, comme en 1963, l’objectif qui entraine tous les autres : la jeunesse, meilleur pari sur l’avenir ?

Laissons aux deux acteurs le soin de conclure :

De Gaulle, en mai 1963, après le vote du Bundestag et avant son départ pour Bonn : « Les traités, voyez-vous, sont comme les jeunes filles et les roses : ça dure ce que ça dure. Si le traité franco-allemand n’était pas appliqué, ce ne serait pas le premier dans l’histoire ! »

Au moment de l’accueil à Bonn, deux jours plus tard, son ami Adenauer ne manquera pas de relever l’allusion : « J’ai lu que les roses et les jeunes filles pâlissaient vite. Les jeunes filles, peut-être. Mais voyez-vous, pour les roses, je m’y connais (*5). Cette amitié entre la France et l’Allemagne est comme une rose qui portera toujours des boutons et des fleurs ». De Gaulle ne sera pas en reste : « Vous avez raison, Monsieur le Chancelier ; le traité n’est pas une rose, ni même un rosier, mais une roseraie ! »

Jacques Blaes
Membre du comité de jumelage de St-Jean-Bonnefonds
Président de « Acteurs Franco-Allemands pour l’Europe Rhône-Alpes » (AFAPE R-A)

(1) en 1949 : « Il ne peut jamais y avoir assez de relations et de rencontres culturelles franco-allemandes. »
(2) Dans ses mémoires, à propos de l’accord culturel franco-allemand du 23.10.1954 :
« Dans le domaine culturel se présentaient de grandes possibilités d’œuvrer pour un bon voisinage franco-allemand. En l’occurrence, l’échange de jeunes gens de toutes les strates sociales a joué un rôle important et déterminant. Ce n’est que par la connaissance mutuelle, la cohabitation et la collaboration qu’il devient possible de surmonter la méfiance traditionnelle qui, dans le passé, a toujours généré les plus effroyables conflits armés. »
(3et4) Lire la « Déclaration commune » des deux chefs d’Etat et la « Déclaration du conseil des ministres franco-allemand » (en 75 points…) du 22 janvier 2013 sur http://50ans.france-allemagne.fr
(5) Konrad Adenauer était un grand amateur de roses, qu’il cultivait dans son propre jardin de Rhöndorf. Une variété porte même son nom.


dernière mise à jour : 12 septembre 2018

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